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Ce modeste blog traite d'un village lorrain, au vrai caractère et au cachet marqué : CHARMES-LA-CÔTE (Meurthe-et-Moselle, Lorraine, France). Son territoire est observé par un historien, mais aussi un CARPINIEN sous le charme, qui l'aime et souhaiterait le partager ! Les domaines abordés sont : l'histoire, la géologie, la paléontologie, l'archéologie, la généalogie, la géographie, l'ethnologie, la botanique, la zoologie, le patrimoine, la création artistique, l'actualité, la cuture d'une manière générale... J'essaierai également de vous présenter mes diverses collections d'objets en rapport avec Charmes-la-Côte : l'exposition est à visiter dans la catégorie « Mon Petit Musée »...

29 Aug

Trésor...

Publié par Vincent LAMARQUE  - Catégories :  #Histoire, #Archéologie, #Patrimoine, #Mon petit musée, #Numismatique, #Généalogie, #Religion

 Notre maison, à Charmes-la-Côte, nous a dévoilé qui étaient ses propriétaires à la fin du XVIIIe siècle...

 

 

Samedi 17 août 2013, avec Carpinienne, nous avons continué les travaux dans notre jolie maison lorraine, à Charmes-la-Côte, rue des Bosquets... Au programme : l'ancienne cuisine, la pièce médiane de l'habitation, pensée au préalable comme un véritable centre de gravité ou névralgique, les autres espaces n'étant que subalternes. Y sont aménagés une énorme cheminée en pierre de taille et son cendrier, du XVIIIe siècle, contre le mur occidental, ainsi qu'un gros évier en céramique, contemporain, du XXe siècle, accolé au mur méridional. Ce sera notre salon-salle-à-manger !

 

 

Pour élargir la pièce en plan, nous avons commencé par démonter l'évier qui nous encombrait, avec son armoire en bois, renfermant la plomberie, et son encadrement en carreaux de faïence blancs. Vraisemblablement, l'évier, sans style, avait remplacé la typique et pittoresque pierre-à-eau, en calcaire local. En déconstruisant le carrelage mural, entre le couloir d'entrée de la maison et la fenêtre qui surplombe l'évier, nous avons rouvert par hasard un ancien placard d'angle, qui monte du sol au plafond. Il avait été totalement fermé par un pan en briques, côté cuisine, et des planches en bois, côté couloir. C'est alors que nous avons découvert sans dessus dessous, parmi les décombres issus de la démolition, quatre étagères de fortune, en bois. À proximité, nous avons trouvé une lame de couteau à bout rond, oxydée. Longueur : 19,80 cm. Largeur : 02,40 cm. Épaisseur : 01,60 cm. L'objet n'est pas vieux : une marque en creux serait la preuve d'un mode de fabrication industrialisé, pas artisanal. Donc pas de perles rares... pour autant, à la fin de la journée, je me suis pris à rêver que ce placard pouvait être la cachette idéale d'un trésor...

 

 

 

Le couteau de la foi : il m'a donné l'espoir d'un trésor !

 

 

 

Le trésor de notre maison, à Charmes-la-Côte, rue des Bosquets...

Clichés : Vincent Lamarque

© Mardi 20 août 2013.

 

 

Dimanche 18 août 2013, vers 16h00, nous terminions d'ouvrir la cavité mise au jour la veille dans le mur méridional de la vieille cuisine, quand, soudain, de la poussière et des gravats tombèrent à nos pieds. Le premier objet collecté gisait au sol, au sommet du petit tas, et se distinguait du reste par ses coloris foncés, noirâtres, brunâtres, verdâtres... C'est du vert-de-gris ! Mais du cuivre ou du bronze ?! À cet instant, le mythe devint réalité : dénicher un trésor, planqué des siècles auparavant pour une raison précise, sous une tablette de fenêtre, sous une couche de plâtre, derrière une plinthe, venait de se concrétiser ! Aux XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles surtout, dans une société paysanne chargée de croyances, ce trésor pouvait servir à protéger la maison, ses commanditaires ou ses propriétaires, à éloigner les démons et conjurer le mauvais sort, ou à obtenir la prospérité pour le foyer... La pratique de l'ex-voto déposé dans le cadre privé est sans doute à associer à des superstitions païennes et à des cultes archaïques. Cela ne ferait-il pas un superbe sujet d'étude pour un ethnologue spécialiste de l'époque moderne ?

 

 

L'amulette en question est une pièce de douze deniers en métal de cloche, de type « François », à l'effigie de Louis XVI (23 août 1754, Versailles - 21 janvier 1793, Paris), roi de France et de Navarre, de 1774 à 1791, et roi des Français, de 1791 à 1792. Sans conteste, cette pièce, gravée par Benjamin Duvivier, a été frappée à Paris (75) et remonte aux années 1791-1793, en pleine Révolution française. Elle est constitutionnelle. Diamètre : 02,80 cm. Épaisseur : 00,20 cm. À l'avers des monnaies de cette période primordiale de l'histoire de France, marquée par la fin de l'Ancien Régime et le début de la Première République, le portrait de Louis XVI, en buste de trois-quarts gauche, n'est pas idéalisé ; il est au contraire réaliste et très reconnaissable. Comment ne pas penser dès lors à l'épisode de l'arrestation du monarque à Varennes-en-Argonne (55) au soir du 21 juin 1791 ? Suivant la tradition, tandis que Louis XVI et sa famille tentaient de sortir du territoire dans l'anonymat, Jean-Baptiste Drouet, maître de poste à Saint-Ménéhould (51), a reconnu le roi par comparaison avec le portrait royal apparaissant sur les pièces d'un écu. Et maintenant, à mon tour de démasquer Louis XVI, 222 ans après son épopée manquée, et cela malgré l'état d'usure avancé de la pièce de douze deniers : son visage, traité de profil gauche, est représenté de manière si singulière, avec son caractéristique double-menton, qu'il m'a permis de l'identifier aisément... Toutes les inscriptions sont effacées, à l'exception du différent d'atelier, à l'avers, au-dessous de l'effigie : la lettre « A. » qui fait référence au Couvent des Barnabites, à Paris. À l'avers, on pouvait lire, en légende, l'inscription : « LOUIS XVI ROI DES FRANÇOIS ». Sur l'effigie, au niveau de l'épaule gauche de Louis XVI, était également lisible la signature du graveur : « DUVIVIER ». Au revers, la monnaie présente, au centre d'une couronne de chêne, un faisceau orné d'une pique et surmonté d'un bonnet phrygien. La valeur monétaire était lisible de part et d'autre de ce symbole de pouvoir et de souveraineté : « 12 / D ». Enfin, on pouvait lire, en légende, l'inscription : « LA NATION LA LOI LE ROI ». Dans le prolongement de l'inscription, le millésime était l'année de frappe de la monnaie, suivie du chiffre romain correspondant à l'année du calendrier républicain, « [179] [...] . [...] . [DE LA LIB] ».

 

 

La pièce, restée dans son jus, n'a pas livré tous ses secrets. En ce moment, je cherche à savoir comment la décrasser sans en dégrader la patine du temps. Simplement du savon et une brosse à dent ? Ce douze deniers est néanmoins un élément datant pour les autres objets qui semblaient l'environner dans la cachette.

 

 

 

Un douze deniers, XVIIIe siècle, Révolution française, avers...

Cliché : Vincent Lamarque

© Mardi 20 août 2013.

 

 

Le deuxième objet collecté était une bague-dizainier, peut-être en laiton, remontant à la fin du XVIIIe siècle. Longueur : 02,10 cm. Largeur : 01,90 cm. Épaisseur : 00,80 cm. Le pourtour de son anneau présente dix picots, disposés à intervalles réguliers. Au sommet de l'anneau, son chaton, de forme ovale, représente Jésus Christ en Croix. Les Chrétiens de confession catholique utilisaient la bague comme un chapelet. Portée à l'auriculaire, on la faisait pivoter avec le pouce autour du petit doigt, récitant des prières qui incitaient à la méditation : un « Je vous salue, Marie » lorsque le pouce était positionné sur un grain ; un « Notre Père » lorsqu'il était sur le chaton.

 

 

C'était ma découverte la plus émouvante de la journée ! La présence d'un modeste objet de piété dans la cachette, placé volontairement et non égaré, montre le poids du trésor, lourd de significations. Cela m'a bouleversé ! Car plus qu'un patrimoine matériel, qu'on aurait souhaité cacher pour soustraire à l'avarice et au vol ses appréciables propriétés pécuniaires, c'est un patrimoine immatériel qu'on a soustrait au vandalisme révolutionnaire, c'est la mémoire d'un culte, d'une culture, d'une philosophie, devenue interdite, qu'on a sauvegardée d'une amnésie pourtant programmée. Selon moi, l'histoire de la religion chrétienne, dont l'héritage n'a cessé de grossir durant des siècles, est plus inestimable qu'un pécule économisé une vie complète. De toute manière, on ne pouvait imposer au monde d'oublier ce passé, et cela malgré tous les élans populaires, de nature anticléricale ou antimonarchiste.

 

 

La pieuse bague-dizainier et la précieuse monnaie de Louis XVI nous délivrent un message, plus de deux siècles après que les propriétaires de notre maison les aient cachées, peut-être avec nostalgie d'ailleurs. À nous de le décoder... À la fin du XVIIIe siècle, tandis que l'esprit de la Révolution française se répandait dans le pays, une grande part de la population, en particulier à la campagne, loin des « Lumières » de la capitale et des villes de province, s'accrochait encore aux idées de l'Ancien Régime, fondées sur l'Église catholique et l'État monarchique. Les propriétaires de notre maison sont à classer dans cette dernière catégorie de personnes, restée « vieille France ». Dans la maison de mes parents, à Charmes-la-Côte, rue du Progrès, mon père a retrouvé une plaque de cheminée, en fonte de fer, millésimée « 1659 », représentant trois fleurs de lys dans un écu couronné et flanqué de deux palmes. Ce sont les symboles du Royaume de France. La taque était retournée face contre le mur de fond d'un âtre... Je n'ai aucune peine à croire qu'on avait cherché à la dissimuler durant la période révolutionnaire.

 

 

 

Une bague-dizainier, fin du XVIIIe siècle...

Cliché : Vincent Lamarque

© Mardi 20 août 2013.

 

 

Nous avons collectés également deux boutons, l'un en os ou en corne, à cinq trous, l'autre en verre, à quatre trous. Diamètre : 01,70 et 01,10 cm. Épaisseur : 00,20 et 00,30 cm. Ensuite, un réglet d'écolier, en bois, présente des inscriptions à la plume, en écriture cursive. Le mot « Charmes » ainsi qu'un nom de famille courant à Charmes-la-Côte, au XVIIIe siècle, le patronyme « Pagel », seraient à déchiffrer... Longueur : 25,00 cm. Largeur : 01,00 cm. Épaisseur : 01,00 cm. Enfin, nous avons récolté trente-cinq clous de chaussures, en fer forgé, dont vingt-huit à tête carrée, quatre à tête ronde, trois à tête en forme de pioche...

 

 

 

 

Deux boutons et un réglet d'écolier...

Clichés : Vincent Lamarque

© Mardi 20 août 2013.

 

 

 

 

Le trésor de notre maison, à Charmes-la-Côte, rue des Bosquets...

Clichés : Vincent Lamarque

© Mardi 20 août 2013.

 

 

Mardi 20 août 2013, vers 15h00, avec mon père, nous avons achevé de faire tomber le faux plafond, en lattis de bois et en plâtre. Du XIXe siècle, il est vrai, mais il était en mauvais état et clairement un danger pour nous. De plus, il nous fallait gagner en élévation et nous souhaitions rendre à nouveau apparentes les poutres, ce beau travail de charpenterie. Au centre de la pièce, une moulure en plâtre, de forme circulaire, encadrait l'éclairage, un luminaire « vintage » ; nous l'avons déposée avec soin et conservée. Ce sera notre souvenir de l'ancien plafond... et l'objet déco parfait...

 

 

Lors d'un dernier coup de pied-de-biche, une pièce de monnaie tomba au sol. Cette fois, il est question d'une étrangère, de cinquante centimes belges, en argent (83,5 %), frappée en 1909, à l'effigie de Léopold II (09 avril 1835, Bruxelles - 17 décembre 1909, Laeken), roi des Belges de 1865 à 1909. Diamètre : 01,80 cm. Épaisseur : 00,10 cm. À l'avers, le roi de Belgique est représenté en buste, de profil gauche, d'un certain âge et tête nue. Il est reconnaissable à sa longue barbe. L'inscription, en légende, est en néerlandais : « LEOPOLD II KONING DER BELGEN ». La signature du graveur se situe sous l'effigie : « TH. VINÇOTTE » (Thomas Jules Vinçotte). Au revers, la valeur et le millésime, « 50 / CENTn / 1909 », sont circonscrits de deux branches, l'une de lierre, l'autre de chêne. La pièce est striée sur son pourtour. Au début du XXe siècle, les propriétaires de notre maison connaissaient sans doute un Belge ou la Belgique. Il s'agissait des Nussbaumer : Henri Léopold Nussbaumer (18 septembre 1880, Charmes-la-Côte - 1959, Charmes-la-Côte), alors boulanger de Charmes-la-Côte, et qui sera maire du village, de février 1927 à mars 1959, et Berthe Marie Joséphine Hortense Nussbaumer née Doré (17 février 1883, Bicqueley - 03 juin 1962, Paris), son épouse. Ils se sont mariés en premier à la mairie de Charmes-la-Côte, le 22 janvier 1907, avant de se marier à l'église, le lendemain. 1909, l'année de frappe des cinquante centimes belges, deux ans après leur union, est également un an après l'année de naissance de Madeleine Nussbaumer (« Mamie Charolles » comme on l'appelait), leur fille, née le 23 avril 1908, à Charmes-la-Côte. Décidément, notre maison aime les énigmes et, par la même occasion, me mettre au défi d'en découvrir les solutions. Ainsi, il me faut trouver un Belge, ou une personne en étroite relation avec la Belgique, qui avait cet argent en sa possession, dans une poche de son pantalon, trouée de préférence, et qui était dans le grenier, au-dessus de l'ancienne cuisine, entre 1909 et 2010... Autant chercher une aiguille dans une botte de foin ! C'est certain, la personne était en train d'entreposer au grenier les sacs de blés du boulanger, quand l'argent se détourna de sa poche, se glissant entre les lattes du plancher... pour finir sa course un étage plus bas ce mardi 20 août 2013. Ou pas !

 

 

 

Cinquante centimes belges, XXe siècle, avers...

 

 

Cinquante centimes belges, XXe siècle, revers...

Clichés : Vincent Lamarque

© Mardi 03 septembre 2013.

 

 

Au cours du chantier de l'ancienne cuisine, notre maison nous a fait d'autres révélations, plus immobilières que sur le mobilier caché : samedi 17 août 2013, une console en pierre, incorporée à la maçonnerie du XVIIIe siècle ; samedi 24 août 2013, des colombages en bois dans une cloison ; etc... Nous ne désespérons pas d'en apprendre encore très prochainement !

 

 

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Carpinien

 

 

Allez à la table des matières !

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