Le vendredi 11 septembre 2009, dans les archives familiales, j'ai découvert un vieux document, poussiéreux mais d'un apport historique indéniable. Une première fois, je vous avais parlé d'une
petite anecdote du début du XXe siècle, où le protagoniste était
Théophile-Victor Didrit, le curé de
Charmes-la-Côte. Voici désormais ce que nous pouvons lire de plus dans le
Bulletin Paroissial Lorrain de Bicqueley, Gye et Charmes-la-Côte, n° 9, septembre 1938, Imprimerie Vagner, 3,
rue du Manège, Nancy, Le Gérant : A. Sosset Enregistré Direction Poste Meurthe-et-Moselle, n°212, p.2-3 :
M. l'abbé Théophile Didrit
En décembre dernier, la santé de M. l'abbé Didrit, curé de Charmes, laissait fort à désirer. M. le Curé se rendait compte qu'il lui était très difficile, sinon impossible, de continuer, au
moins durant la mauvaise saison, son ministère et demandait à l'administration épiscopale, un prêtre voisin pour le suppléer. Déchargé à ce moment de la paroisse de Domgermain, Monseigneur me
priait de faire le service de Charmes.
M. l'abbé Didrit, voyant le service paroissial assuré, passait l'hiver entier dans sa chambre et espérait reprendre son ministère à la belle saison. Mais Dieu disposait autrement. Sa santé ne
lui est pas revenue, et bien que, de temps en temps, il venait célébrer la sainte messe, il ne put, à son grand regret, faire les offices de Pâques, de la communion solennelle et de la
Fête-Dieu. Mais il put cependant les présider ou y assister, et ce furent ses dernières joies, comme il se plaisait à me le redire.
Ayant eu le bonheur de célébrer la messe chaque jour de la dernière quinzaine de juin, il se reprenait à espérer, quand le 7 juillet, cinquantième anniversaire de son ordination sacerdotale,
il fut obligé de s'aliter, hélas ! Pour ne plus se relever.
Ses confrères attristés ou venaient le voir plusieurs fois, ce fut le cas de M. le Doyen de Saint-Gengoult, ou me demandaient souvent de ses nouvelles, qui ne pouvaient pas être
rassurantes. Les habitants de Charmes le soignaient avec un dévouement rarement égalé, dévouement que M. le Doyen tint à signaler dans son oraison funèbre.
Et le 23 juillet, M. l'abbé Didrit, après avoir reçu les sacrements, rendait son âme à Dieu, dans la 74e année de son âge, la 50e année de son sacerdoce et la 43e année de son ministère à
Charmes-la-Côte.
Le dimanche 24 juillet, aux vêpres des morts, chantées pour le repos de son âme, une quête, destinée à des messes à son intention, donna la coquette somme de 325 francs.
Le lundi 25 juillet, ses obsèques furent célébrées. Les hommes de Charmes avaient tenu à porter la dépouille de M. le Curé lors de son dernier passage dans le village. Toute la paroisse était
dans la peine et l'église pouvait à peine contenir toutes les personnes qui l'avaient connu et estimé. Une trentaine de prêtres étaient présents. M. le Doyen, dans une magnifique oraison
funèbre, sut retracer la carrière de M. l'abbé Didrit, exalter, en termes élevés, son caractère doux et bon, son attachement à ses paroissiens qu'il avait baptisés, catéchisés et mariés et
qu'il n'avait pas voulu quitter pour entrer dans une maison de retraite, et demanda des prières pour le repos de son âme.
Le conseil municipal, dans un geste qui l'honore, a voulu lui donner une concession dans le cimetière, et M. le Maire dit, au nom de tous, devant la tombe ouverte, un dernier au revoir à M.
le Curé, leur pasteur depuis 1895.
Aidé de M. le Curé, son collaborateur, je tiens personnellement à remercier toutes les personnes qui ont soigné M. l'abbé Didrit durant sa maladie et depuis la mort de sa sœur, toutes celles
qui ont contribué à l'ornementation de l'église, et toutes celles qui, par leur présence et leurs prières, ont manifesté leur sympathie le jour des obsèques.
Il me reste encore à trouver l'auteur de cet hommage éloquent, en septembre 1938, il est à ce moment curé de Domgermain (54), comme on le comprend facilement à lecture du propos, et le
successeur pour peu de temps de l'abbé Théophile-Victor Didrit. Selon ma grand-mère, il est question de l'abbé Pilan, curé de Bicqueley (54), Gye (54) et Charmes-la-Côte, mobilisé pour la
guerre en 1940 et lui-même remplacé par l'abbé Parant, curé de Blénod-lès-Toul (54), Mont-le-Vignoble (54) et Charmes-la-Côte.
Les photographies ci-après montrent la tombe de l'abbé Théophile-Victor Didrit. Né le 06 septembre 1865 à Praye (54), au pied de la colline de Sion (54), nommé sous-diacre le 26 mars 1887,
Théophile-Victor est ordonné le 22 septembre 1888 à Verdun (55). Il est nommé curé de Briey (54) le 05 décembre 1888, curé d'Ansauville (54) le 1er septembre 1890, et enfin, curé de
Charmes-la-Côte le 06 décembre 1895. Il décéda le 23 juillet 1938.
Tombe de l'abbé Théophile-Victor Didrit,
Cimetière de Charmes-la-Côte.
Clichés : Vincent Lamarque
© Samedi 27 décembre 2008.
---------------------
L'abbé Théophile-Victor Didrit vivait au presbytère de Charmes-la-Côte, dans le haut du village, rue de la Petite-Côte. De sa chambre, au premier étage, il avait une belle vue, d'où la
dénomination actuelle de la rue, « rue Bellevue » : il profitait du magnifique panorama qui s'offrait à lui et l'observait avec sa paire de jumelles. Contemplait-il son Saintois natal dont il
était proche, et en particulier Sa colline de Sion qui se profile vraiment par temps clair, au-dessus de la ligne d'horizon ? Indubitablement, Sion était la colline inspirée de Théophile-Victor
Didrit et l'orientait dans tous ses actes du quotidien... Il est l'auteur d'une
Étude archéologique et historique sur Sion-Vaudémont, Nancy, 1894, et d'un article, « La montagne de
Sion-Vaudémont et son sanctuaire »,
in Mémoires de la Société d'Archéologie Lorraine, Nancy, 1899. Il est également l'instigateur d'un pèlerinage de Charmes-la-Côte à Sion le 08
septembre de chaque année, en train premièrement, de la petite gare de Charmes-la-Côte jusqu'au village de Praye, et à pied ensuite, jusqu'à la basilique Notre-Dame de Sion. Pendant la Seconde
Guerre Mondiale, le pèlerinage existait encore, malgré la disparition du curé en 1938... Le 08 septembre était le jour de la fête de la Nativité de la Vierge Marie, fête patronale de
Charmes-la-Côte.
L'abbé Théophile-Victor Didrit maria mes arrières-grands parents, Marie Pagel (14 janvier 1885 - 06 mai 1964), de Charmes-la-Côte, et Émile Toussaint (19 octobre 1881 - 02 mars 1962), de
Bicqueley. Il baptisa mon grand oncle, Paul Toussaint (06 juin 1907 - 14 décembre 1961) et ma grand-mère, Simone Toussaint (30 décembre 1928). À proximité du presbytère, le terrain de
sport était son jardin-potager... un vrai jardin de curé... Théophile-Victor Didrit était un homme cultivé : il avait des ruches, il allait aux champignons, il s'intéressait à la nature d'une
manière générale. Par ailleurs, je ne devrais peut-être pas vous le dire, mais il prisait le tabac !
La sœur de Théophile-Victor Didrit, la Berthe Didrit habitait également à Charmes-la-Côte, au presbytère. « Mademoiselle Berthe », comme on l'appelait au village, était un peu la
bonne du curé et lui préparait la popote. Quand elle apportait le journal
La Croix à mon arrière-grand-mère, Mémère Marie, qui habitait une maison au-dessus du presbytère, elle
ajoutait une madeleine pour ma grand-mère, Mémère Simone. « C'était comme une petite surprise... » Mademoiselle Berthe a sa tombe dans le cimetière de Charmes-la-Côte.
-------
Carpinien
Derniers commentaires